Mise en ligne le Dimanche 05 Mai 2019
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BORDEAUX / ANGERS (0-1) : Dans un néant pathétique

Cette fois, pas de doute, ils ont touché le fond. En s'inclinant une 5e fois sur leur pelouse cette saison et en prolongeant d'un an leur série noire contre le SCO d'Angers qu'ils n'ont plus dominé en Gironde depuis...plus de 25 ans (1-0 le 23 octobre 1993) - une statistique que l'on ressort moins volontiers que l'invincibilité de 42 ans face à l'OM - les Girondins ont sans doute fait un pas de plus dans la souveraineté du vide qui "anime", si l'on peut dire, une phase retour historiquement catastrophique : 38 points seulement en 35 journées, il y a 23 ans que cela n'était plus arrivé (mais cette saison-là, Bordeaux avait au moins brillé en Coupe de l'UEFA avec une finale contre le Bayern de Munich) et 4 victoires en 15 matches disputés depuis janvier, série en cours, qui rappelle la dégringolade de la saison succédant leur dernier titre de champion de France en 2009 où, en tête à la trêve avec 6 points d'avance, ils avaient échoué à la 6e place cinq mois plus tard. Sixième, c'est pourtant un rang qui ressemble à une douce utopie aujourd'hui, pour une équipe en chute libre (4 défaites consécutives, 6 points pris sur 24 possibles) et qui ne répond plus à rien depuis belle lurette sur le plan mental, depuis qu'elle est - presque - assurée de son maintien en Ligue 1. Presque, seulement, car à ce rythme, ce que nous annoncions depuis 2 semaines déjà après la défaite à Nîmes pourrait bien se produire si Bordeaux ne prend pas (mais contre qui, désormais ?) le point nécessaire à sa survie. Par chance, Caen n'a pu gagner (0-0) à Guingamp (qui a déjà un pied et demi dans la tombe), faute de quoi la pression eût pu être plus étouffante encore. Si Bordeaux explose à Lille la semaine prochaine comme on peut le craindre, il est probable qu'il perdra encore une place et se retrouvera à végéter dans le dernier quart du championnat, qui est sans doute sa vraie place sur sa valeur du moment. Une situation à peine imaginable au mois de juillet dernier quand commença cette très longue saison de 54 matches en Lettonie à Ventspils, et qui résonne aujourd'hui comme un échec retentissant, le plus gros flop de la Ligue 1 cette saison sans aucun doute avec Monaco, même si les Monégasques, longtemps relégables et pillés de leurs meilleurs éléments l'été dernier, ont au moins eu le mérite de réussir leur mercato hivernal et de s'extraire de la zone rouge à la force du poignet, bien qu'ils ne soient toujours pas tirés d'affaire. Bordeaux, lui, avait déjà à cette époque estivale un groupe rendu compétitif par Poyet, mais qu'il n'a hélas pas su conserver, et il ne peut aujourd'hui s'en prendre qu'à lui-même d'être allé chercher la complication par un recrutement aléatoire et fait de seconds choix, quand il tenait (peut-être), même sans Malcom, la bonne recette pour exister décemment cette année en Ligue 1. Contre une formation angevine venue sans pression et décidée à ne pas fermer le jeu, on comprit en tout cas très vite que les Girondins ne s'étaient pas levés du pied droit en ce samedi. Hésitants, mal positionnés, auteurs de passes en retrait à leur gardien inutiles et mal dosées qui l'obligèrent au moins trois fois à dégager en urgence comme si le ballon leur brûlait les pieds, et ne gagnant aucun duel pour tenir le ballon devant, ils durent parer au plus pressé à 3 reprises dans les dix premières minutes. Et remercièrent la pelouse glissante quand Tait (20e) puis Bahoken (28e), en position de tir idéale, perdirent finalement leurs appuis dans la surface de réparation. Mais Angers, dont la verticalité et les contres incisifs contrastaient avec le jeu latéral et stéréotypé des Girondins (il leur fallut par exemple, en début de seconde période, pas moins de 11 passes sur une relance à la main de Costil pour qu'ils entrent enfin dans le camp visiteur, c'est dire...), n'allait pas se tromper longtemps. Sur une action d'école après un ballon perdu par Otavio, Flavien Tait, lancé par l'ex-bordelais Théo Pellenard dont les Girondins ne voulaient plus, se retrouvait totalement libre de ses mouvements sur l'aile gauche et délivrait au premier poteau sa 7e passe décisive de la saison pour Bahoken qui, du plat du pied entre Lauray et Poundjé, décroisait tranquillement sa reprise hors de portée de Costil et signait son 11e but (0-1, 40e). Avantage à la pause logique, tant Bordeaux avait été proche du néant (0 tir cadré), malgré la première titularisation du jeune Benrahou sur le coté droit, loin d'être le bordelais le moins actif, et que l'on vit même davantage en seconde période quand il termina dans l'axe. On imaginait que Sousa tousserait fort à la pause, mais c'est Bordeaux qui continua de tousser sous le vent glacé de cette soirée qui n'avait rien de printanière, en repartant sur les mêmes standards après les citrons. Les passes en retrait et les circuits alambiqués se succédaient, mais en pure perte, aucun joueur n'étant en mesure d'accélérer le jeu ni d'effectuer quelque appel que ce soit dans la profondeur. Il fallut que Nicolas De Préville, le temps d'une chevauchée de 40 mètres, sorte brièvement ses coéquipiers de leur torpeur pour que Bordeaux se crée enfin sa première tentative cadrée du match, Benrahou de la tête reprenant le centre de Poundjé de la gauche (55e). Certes, Angers n'avait pas cadré davantage, mais dans le jeu comme dans la vivacité de leurs interventions, la maîtrise des visiteurs restait incontestable (en photo, Tait qui déborde Sabaly). D'une frappe enroulée, Benrahou tenta encore sa chance du gauche pour la seconde frappe cadrée bordelaise (86e), mais trop timide, sur le gardien Boucher (qui remplaçait Butelle, malade), lequel fut à deux doigts d'attraper froid dans cette soirée d'un ennui abyssal. La 5e victoire à l'extérieur du SCO était inéluctable et prévisible depuis les premiers instants de ce nouveau non-match, qui rappela, en pire, les purges endurées contre Guingamp (0-0) ou à Nantes (1-0) en février, pour ne citer que les plus récentes. Pas plus que 4 heures de jeu supplémentaires s'il l'avait fallu, les entrées en jeu de Plasil à la place d'un Kamano transparent (58e), puis des deux minots Adli (70e) puis Youssouf (75e), trop brouillons, ne suffirent à secouer l'apathie généralisée d'une formation dont on se demande si elle a bien conscience du danger qu'elle encourt encore au classement. De l'aveu de son entraîneur qui, lui, mesure pleinement aujourd'hui l'étendue du chantier, Bordeaux a touché sans doute ses pâles limites du moment. Quand on pense à ce qu'elles étaient il y a presque douze mois au soir de la victoire à Metz (4-0) qui le propulsait en Europa League, on ne peut s'empêcher, une dernière fois, d'être agité par le sentiment d'un gigantesque gâchis commis en bien peu de temps... Au micro de Christophe Monzie qui commentait cette rencontre aux côtés de Michel Le Blayo, écoutez les réactions des deux entraîneurs, Stéphane MOULIN (SCO) puis Paulo SOUSA (FCGB). D'autres réactions à écouter ce lundi 6 mai dans nos journaux puis dans Sports Magazine à partir de 18h30.