Football (Ligue 1, 35e journée) : Bordeaux / Nice (0-1) : Trois heures de plus n'y auraient rien changé...


01 mai 2022

Courageux et solidaires, mais trop limités techniquement et incapables d'inquiéter une seule fois pour de bon les Aiglons ni même de mettre du rythme à la rencontre pour les pousser à la faute à quelque sjours de leur finale de Coupe de France contre Nantes, les Girondins ont logiquement concédé leur 9e défaite à domicile, même si elle a tenu à un coup du sort (comme trop souvent cette saison) et à une mauvaise déviation de Lacoux qui a remis en jeu Delort, seul face à Costil (0-1, 73e). Comme toujours depuis onze ans, Nice continue donc de faire de Bordeaux son jardin favori et reste dans la course au podium. Les Girondins, eux, ont sans doute - sauf miracle - dit au revoir à la Ligue 1 en ce premier dimanche de mai , alors qu'une fois de plus les autres résultats (défaites de St Etienne, Clermont et Lorient, nul de Metz) leur étaient favorables. Mais ce match désespérant d'impuissance offensive a montré au grand jour le syndrome de cette équipe, qui ne sait plus gagner. Le déplacement à Angers aura encore quelque enjeu le 8 mai, du moins mathématiquement parlant, pour les Angevins surtout. Quant à la suite...

Aussi incroyable que cela puisse paraître, ils avaient encore une chance, en battant Nice, de pouvoir revenir dans la lutte pour un maintien direct en L1. St Etienne battu non sans combattre à Rennes la veille (2-0), Lorient surpris chez lui par Reims (1-2) après avoir égalisé, Metz rejoint sur le fil à Montpellier (2-2) après avoir mené 2-0 et longtemps laissé la dernière place aux Girondins, Angers et Clermont respectivement battus en toute logique (2-0) par Monaco et Brest qui ont fait le travail, les Monégasques pour rester dans la course à l'Europe, les Bretons pour assurer leur maintien. Quel scenario fallait-il donc de plus aux Girondins pour profiter de l'aubaine ? Seul Troyes, bien aidé par la bagatelle de....trois penalties (plus qu'à Bordeaux où l'ESTAC en avait eu déjà deux) et deux expulsions lilloises, avait tiré son épingle du jeu et effectué un grand pas vers le maintien. Mais il y avait largement la place, pour les Marine et Blanc, de donner à leurs trois derniers tours de piste une dimension particulière et un enjeu réel pour un come-back inespéré. On avait juste oublié un détail essentiel : cette équipe a acquis au fil des naufrages répétés de cette année une telle culture de la loose, si l'on ose écrire, qu'elle semble finalement ne plus savoir quels sont les ingrédients de celle de la gagne. Certes, on ne se faisait pas trop d'illusions, compte tenu des derniers résultats enregistrés entre ces deux clubs (aucune défaite niçoise en Gironde depuis le 30 janvier 2011) et la valeur sur le papier et sur le terrain de cet OGCN, supérieur aux Girondins dans tous les niveaux, le match aller fin août (4-0) l'avait douloureusement démontré.

Nice jamais bousculé

Mais il restait une variable d'ajustement sur laquelle les Girondins auraient pu influer : la façon dont les Aiglons, à 6 jours de leur finale de Coupe contre Nantes, allaient appréhender ce déplacement en Gironde. Se livreraient-ils avec autant d'engagement - au risque d'écoper de cartons ou de suspensions - comme un simple match de championnat, ou ménageraient-ils le secteur discipline en prévision de celle-ci ? En d'autres termes, il n'aurait donc pas été interdit de bousculer ces niçois, de les presser, les amener à la faute par un pressing haut. Pour cela, on attendait onze morts de faim sur la pelouse, côté girondin, onze guerriers bien décidés à livrer le match de la saison et ne consentir aucune concession. Or, ce n'est pas vraiment ce que l'on a vu côté girondin, et c'est bien cela le plus décevant. Jamais les 23 000 spectateurs présents au Matmut en ce tiède après-midi printanier n'ont eu l'impression que les Girondins disputaient le match de la dernière chance. Bien organisés et toujours sobres dans leurs relances, les Aiglons, loin d'être imprenables ni irrésistibles, n'ont pas eu besoin de se surpasser pour l'emporter une nouvelle fois. Il suffisait d'attendre que survienne la gaffe girondine hebdomadaire - aujourd'hui tous les adversaires de Bordeaux jouent avec ce paramètre - et de ne pas rater l'aubaine. Car elle allait venir, c'était presque écrit, même si elle n'arrive jamais du même joueur, de match en match. Cette fois, par exemple, c'est le malheureux Tom Lacoux - par ailleurs parmi les bordelais les plus en vue dans ce match - qui l'a commise, au terme d'une séquence où tous ses coéquipiers de la défense sont de toute façon restés bien trop passifs sur le début de l'action. C'est donc après une combinaison entre Bard et Thuram, tous deux bien esseulés côté gauche, que Lacoux a dévié le ballon du mauvais côté, autrement dit devant son but où Delort, qui rôdait à 10 mètres, n'en demandait pas tant et s'est fait un plaisir d'exécuter Costil sans opposition et de près (0-1, 73e). Mais on se souvient que dans un passé récent, la gaffe avait pris des identités diverses : à Nantes, Guilavogui était impliqué sur la plupart des buts, à Lyon Poussin et son chistera devant Toko Ekambi, Costil contre Marseille le 7 janvier, Marcelo contre Montpellier, Onana à Lens, etc...Enumérer les erreurs passées ne sert plus à grand'chose aujourd'hui, puisqu'elles n'ont pas permis à ce groupe d'en tirer les leçons. La sanction serait sans doute arrivée plus tôt dans la rencontre, si Mensah, également l'un des meilleurs girondins sur ce match, ne s'était pas trouvé à point nommé pour sauver sur la ligne une reprise de Dolberg qui filait vers le but vide, après une mauvaise relance de Costil côté gauche dans les pieds de Kluivert, qui avait immédiatement aperçu le Danois mieux placé (10e). Ou si Guilavogui n'avait pas contré avec autorité une reprise instantanée de Delort, immédiatement servi, toujours de la droite, par Kluivert, après un contrôle manqué d'Ahmedhodzic qui semblait dans la lune (22e). Ce n'étaient là que les deux seules opportunités niçoises du premier acte, et elles venaient d'erreurs girondines qu'on ne devrait plus voir à ce niveau depuis longtemps, mais qui expliquent aussi où l'on en est arrivé. Tout au plus pouvait-on y ajouter une frappe de Dolberg pas très loin du cadre (24e) et une erreur d'Adli que Delort, en manquant le cadre aussi, n'avait su exploiter (43e). Et Bordeaux dans tout cela ? Offensivement rien, ou presque, si l'on excepte ce duel remporté par Benitez face à Hwang sur un joli déboulé de Mensah coté gauche, le coréen étant de toute façon signalé hors-jeu (39e). Et un centre en retrait de Niang sur une nouvelle action de Mensah, qui ne trouva que le capitaine niçois Dante comme destinataire (41e). Défensivement, en revanche, les Girondins restaient prudents et n'ouvraient pas d'espaces aux niçois. A défaut d'être spectaculaire, l'animation d'équipe restait efficace, quand elle n'était pas plombée par des erreurs techniques individuelles. Mais à la pause, ce nul vierge était ce qu'ils pouvaient espérer de mieux.

Et la gaffe survint...

Le second acte n'apportait pas de grands changements aux débats, avec une possession niçoise assez nette (57%) même si les Aiglons se faisaient plus menaçants. Après deux essais non cadrés de Bard (52e) et Rosario (54e), la menace devenait réelle sur un corner de Kluivert remisé par Delort sur Thuram dont la reprise de la tête était claquée en corner par Costil d'un beau réflexe sur sa ligne (59e). Sur l'une des rarissimes incursions girondines dans la surface azuréenne, Benitez devait repousser du poing un bon centre enroulé d'Onana (73e), mais Bordeaux continuait de n'en rester qu'au stade des escarmouches. Après l'ouverture du score et le 13e but de Delort citée plus haut, le gardien argentin s'employait enfin, sans vraiment trembler, sur la première frappe cadrée bordelaise de la rencontre, oeuvre de Hwang (78e)...Mais c'est encore l'ancien montpelliérain, sur une tête plongeante dans un angle fermé à la réception d'un centre de Gouiri, qui faisait passer un nouveau frisson (82e), le ballon longeant la ligne de but de Costil. Un souffle d'espoir parcourait pourtant les travées du Matmut quand, sur un corner de la droite, Todibo semblait retenir Onana par le maillot, mais le recours au VAR n'apportait pas le penalty espéré pour les Girondins (86e). Lesquels étaient tout proches du KO tout à la fin d'un temps additionnel chichement décompté par M. Hamel malgré des pertes de temps répétées des niçois, quand un contre mené par Brahimi côté droit, sur une nouvelle interception et un énième ballon pardu dans l'entrejeu, trouvait Lotomba en retrait, mais la reprise, quelque peu dévissée, finissait sur le poteau avant que Brahimi, en se précipitant, ne l'envoie au-dessus (90e + 4). Sans forcer son talent, l'OGCN s'imposait donc une nouvelle fois face à des Girondins volontaires, mais bien trop limités techniquement et collectivement pour espérer décrocher le succès pourtant vital qu'il leur aurait fallu et saisir le dernier joker, inespéré, qui se présentait à eux au moment du coup d'envoi. 

[Christophe Monzie au Matmut Atlantique à Bordeaux, photos C.M.]

Ecoutez les réactions bordelaises et niçoises d'après-match au micro de Christophe Monzie.

Réaction de Christophe GALTIER, l'entraîneur de l'OGC Nice.

Girondins de Bordeaux Football Nice (1er Mai 2022) Christophe GALTIER, Entraîneur OGC Nice.jpg (1.50 MB)

Réaction de Gérard LOPEZ, le président du FC Girondins de Bordeaux.

Girondins de Bordeaux Football Nice (1er Mai 2022) Gérard LOPEZ, Président FCGB.jpg (388 KB)

Réaction de Jean-Clair TODIBO, défenseur central de l'OGC Nice.

Girondins de Bordeaux Football Nice (1er Mai 2022) Jean Clair TODIBO, Défenseur central OGC Nice.jpg (197 KB)

Réaction de David GUION, l'entraîneur du FC Girondins de Bordeaux.

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