Écrivaine dyslexique et dysphasique , Sophie Di Paolantonio dédicacera son dernier ouvrage ce vendredi à Bordeaux


08 avril 2021

Sophie Di Paolantonio, au parcours atypique, dédicacera un ouvrage beau et puissant.


Elle raconte avoir fuit la littérature toute sa vie du fait notamment de sa dyslexie et sa dysphasie qu'elle traîne depuis toute petite. Pourtant, Sophie Di Paolantonio a déjà publié deux livres et ce n'est pas près d'être fini. Originaire de Montluçon, Sophie n'a pris goût à la lecture qu'à l'âge de ses 32 ans. Le déclic : "Je n'étais qu'un fou" et "Si la vie t'arrache à moi" de Thierry Cohen.

Surpasser sa dyslexie

Bien que tardive, cette rencontre avec la littérature est intense. En plus de lire, la jeune femme se met à écrire. Une façon de surpasser ses troubles. « Au début je n'assumais pas, je l'ai fait pour moi-même, raconte t-elle. Voir les retours, les articles, les chroniques... ça m'a aidée à dépasser ces problèmes d'orthographe ». C'est en 2016 que sort son premier livre intitulé "Les Choix de Clara" chez Flammarion. Une sacrée revanche prise par l'auvergnate qui sera par la suite éditée chez J'ai Lu et qui avoue avec ironie être « incapable d'écrire un texte sans une faute, pas même une dédicace ». Alors, pour pallier à ce problème, Sophie utilise le ton de l'humour qu'elle manie à merveille. « Rire c'est vivre » écrit t-elle d'ailleurs au début de "Ne t'éteins pas", son deuxième ouvrage publié fin octobre 2020 chez J'ai Lu. « Mon correcteur d'orthographe ne veut plus entendre parler de moi » lance t-elle avec le sourire, encore une fois.

 

 


Les mauvais souvenirs du 13 novembre 2015

Pour autant, les fautes sont absentes de ses romans. Plusieurs de ses proches la corrigent avant l'envoi à la maison d'édition qui elle-même fait un travail de relecture. « Si on cherche bien, il y a une ou deux fautes » en sourit celle qui est aussi travailleuse dans le milieu de la banque.

Dans ce deuxième livre, les attentats de novembre 2015 résonnent entre les lignes. L'histoire démarre avec Angèle et Amélie, deux meilleures amies qui se rendent à un concert dans une salle parisienne. Là-bas, Angèle fera la rencontre de Rémi, un garçon "bad boy", qui ne semble pas avoir grand chose en commun avec elle. Leur rencontre sera perturbée alors qu'une fusillade éclate. Les deux copines sont alors séparées et l'héroïne fera tout pour s'en sortir aux côtés de cet inconnu.

 

 


Cette histoire, fictive, c'est comme un exutoire. Sophie Di Paolantonio l'écrit d'ailleurs. Il faut dire qu'elle et sa famille vivaient au moment des attentats dans le 10ème arrondissement. Ce soir-là, son mari, rentrant de quelques courses, croisera même les terroristes. « J'ai écrit ce livre au moment où je n'allais pas très bien. J'ai beaucoup pleuré en l'écrivant » confie l'autrice de 41 ans.

 

 

Aujourd'hui encore le traumatisme est là. « Quand il y a un bruit de pétard, mon fils me dit : ça recommence maman, c'est comme à Paris » témoigne celle qui est maman deux enfants et installée depuis 2018 au Taillan-Médoc. Bien sûr, la capitale lui manque mais elle et les siens ont trouvé le bonheur dans le bordelais.


Un medley d'émotions

Si le sujet principal est lourd, ce deuxième ouvrage est loin d'être pesant. Au contraire. On passe par toutes les émotions en lisant ces 158 pages. « J'avais besoin d'extérioriser sans tomber dans le mélodrame » argumente l'écrivaine qui a mis au cœur de son histoire des thèmes comme la famille ou l'amitié. La question de se relever après un tel traumatisme hante aussi ces chapitres. Et si le personnage d'Angèle n'a jamais existé, d'autres qui ont subi cet attentat (ou d'autres attaques), vivent aujourd'hui avec des séquelles similaires.

 

   « J'aurai préféré mourir plutôt que de vivre cela » 

Angèle, jeune étudiante en droit et héroïne du livre

 

 

 


En soi, ce livre fait du bien, donne de l'espoir et par dessus tout tient en haleine. Difficile de ne pas le dévorer d'une traite. Mais attention aux rebondissements finaux, magnifiquement amenés par l'écrivaine-banquière.

Une séance de dédicaces à Bordeaux

Comme les mondes du cinéma et de la musique, celui de la littérature souffre également de la situation sanitaire actuelle. Pendant que les musicien.ne.s sont en manque de concerts, les écrivain.e.s sont en manque de salons et autres moments de dédicaces. « C'est difficile de faire de la promo, admet Sophie Di Paolantonio, d'avoir de la visibilité à l'heure du Covid » .

 

 

Malgré tout, la néo-girondine a pu faire quelques dédicaces d'ouvrages ces derniers mois. Une nouvelle séance est prévue ce vendredi de 14h00 à 18h00 à France Loisirs (94, cours d'Alsace-et-Lorraine) à Bordeaux. Une rencontre qui se fera en toute sécurité avec les mesures sanitaires exigées.

 

 

 


L'envie d'enchaîner

Après "Ne t'éteins pas", sorti il y a peine six mois, Sophie a déjà l'envie d'enchaîner. Elle raconte avoir « quasi terminé » son troisième livre. Celui-ci tournera autour d'une jeune femme flic parisienne qui achète un appartement et qui va tomber sur le journal intime d'une jeune femme qui vivait là 30 ans plus tôt. Une femme qui a fuît la guerre cambodgienne. Encore un peu de patience avant de le découvrir.

Un quatrième "bébé" est même déjà en cours de réflexion. « J'espère que ça plaira à ma maison d'édition » conclu Sophie Di Paolantonio, déterminée à continuer sa relation, désormais puissante, avec la littérature.

 

  [Jérôme Martin-Castéra - photo : J.M.C.]