Mise en ligne le Dimanche 07 Janvier 2018
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GRANVILLE / BORDEAUX (2-1 A.P) : Dieu, que la Terre est basse...

Une pantalonnade pas prévue au programme, il n'en aura pas fallu davantage pour que le cauchemar continue. Sera-ce le couac de trop pour Jocelyn Gourvennec, la goutte d'eau d'un vase rempli à ras bord depuis déjà longtemps ? Les prochains jours le diront. 2018 n'a en tout cas rien apporté de nouveau sous le soleil...Ni sous le soleil, absent depuis belle lurette dans l'horizon quotidien des Girondins, ni même sous l'insupportable crachin glacé de Normandie, fouetté par un vent mauvais qui les aura donc emportés dans un nouveau cyclone. On savait que l'US Granville, qui fêtera l'an prochain ses 100 ans, avait plus d'un tour (de Coupe) dans sa...Manche, les deux dernières saisons le prouvaient avec force, même si elle avait à chaque fois chuté face à un pensionnaire de L1 (Marseille, puis Angers l'an dernier). On savait que le mental des Girondins, ébranlé par trois derniers mois cauchemardesques en 2017, pouvait à nouveau s'effondrer comme un château de cartes au moindre pépin. On savait que, décimé en défense centrale et obligé de bâtir sur de l'inédit (avec un duo Pellenard-Koundé, le Landiranais d'origine faisant à cette occasion sa première apparition comme titulaire avec les pros), Bordeaux serait vulnérable si le scénario ne se passait pas comme espéré, même si l'on peut se demander si, compte tenu des risques d'un tel match sans filet et à élimination directe, il n'aurait pas été plus sage de préserver l'ossature habituelle et privilégier l'expérience, avec Toulalan en défense centrale et Plasil ou Otavio dans le onze de départ, plutôt que d'aligner à des postes-clés deux jeunes joueurs qui n'avaient encore jamais évolué ensemble... On savait tout cela, et on savait également tout ce que la Coupe de France réserve toujours à ceux qui ne savent pas cueillir la qualification quand les occasions de le faire se présentent. Mais tout de même...On se forçait à penser positif, aussi, et à croire que, s'il avait été réussi avec la qualification en poche, ce premier match de 2018 pouvait enfin annoncer une renaissance, jeter les bases d'un nouveau challenge, d'un nouveau départ. Las...Il faudra continuer à employer le conditionnel. Car Bordeaux est passé à la trappe dès son entrée dans l'épreuve. Encore une fois. Pitoyablement, comme en Europa League à Videoton le 3 août, puis en Coupe de la Ligue à Toulouse le 12 décembre. Pathétique épilogue d'une saison pour l'instant catastrophique, où il ne lui reste désormais que les yeux pour pleurer et une phase Retour dont le seul challenge sera de sauver sa peau en Ligue 1, si tant est qu'il ait assez de force de caractère pour un tel objectif, gratter les 21-22 points qui lui manquent et qui ressemblent à un Everest, pour l'instant. Non seulement il reste le cancre de ces 32es de finale, aucune autre équipe de L1 ne s'étant fait éjecter par une formation de 3 divisions inférieure (pas même Angers, battu chez lui 0-2 par une Ligue 2, Lorient, ni même Amiens, laminé à Sochaux 6-0, mais avec une équipe B), mais il a surtout perdu trois joueurs avant un déplacement à Troyes dans une semaine qui sera déjà à une question de survie. Victime certes d'une pantalonnade sans précédent et d'un arbitrage à sens unique, le très zélé M. Léonard ayant choisi de dérouler son One Man Show devant les caméras de la télévision publique, mais après avoir aussi eu la possibilité réelle, pendant près d'une heure, de s'épargner cette nouvelle désillusion. A condition d'améliorer des statistiques d'efficacité toujours aussi anémiques, voire effarantes pour une équipe de ce niveau. Or, dans ce domaine, aucune éclaircie ne fut à noter par rapport à la fin 2017, et cette fois-ci, il ne s'agissait pas d'un adversaire de même rang, mais du 11e du Groupe D de National 2...Trois frappes cadrées pour les bordelais, en tout et pour tout, il en aurait fallu bien davantage pour mettre à la raison une équipe portée par toute une ville et un stade comble, mais seulement de 3000 personnes. Si Mr Leonard commit sa première erreur dès la 9e minute en accordant un penalty imaginaire aux locaux sur une prétendue faute de Pellenard sur le latéral droit Connan qui plongea aussi bien que le Barbare du même nom, au moins Benoît Costil, en stoppant la frappe trop molle de Douniama, fit-il le nécessaire pour montrer à ses coéquipiers la voie à suivre. Un exploit qui aurait dû suffire, dans des conditions normales, à leur remettre la tête à l'endroit après une entame plus que poussive, mais qui n'eut malheureusement pas l'effet escompté, les Normands, nullement affectés par cet échec, continuant de dominer les débats. Ainsi, ce fut miracle si le gardien breton, qui avait de la famille en tribunes, repoussa du pied une frappe de Douniama, qui avait réussi le tour de force de s'infiltrer dans l'axe entre deux défenseurs, avant que Vieira, voyant l'occasion trop belle, n'ouvre trop son pied et tire au-dessus (30e). La première (et seule) frappe cadrée bordelaise du premier acte fut l'oeuvre de Sankharé, inoffensive cependant pour le portier local Daoudou (32e). La seconde en revanche s'avéra fructueuse quand une action coté droit entre Malcom et Lerager vit le Danois, par ailleurs transparent sur cette partie comme beaucoup d'autres, délivrer un centre fuyant au second poteau effleuré de la tête par De Préville et que Younousse Sankharé, d'une tête plongeante, propulsa au ras du montant gauche normand (1-0, 37e). Un avantage flatteur pour les Girondins à la pause tant les deux ailiers locaux, les frères Théault, et les deux bouillants latéraux Connan et Barbier, avaient donné du fil à retordre aux Marine et Blanc, heureusement sauvés par un Sabaly efficace et un Jules Koundé sobre et assez précis dans son placement. A la reprise, les hommes de Gallon connaissaient un coup de mou sur le plan physique, mais Bordeaux ne savait en profiter, Lerager gaspillant un caviar délivré de la gauche par Sankharé (48e), avant que De Préville, aussi impliqué dans le jeu qu'il est inefficace dans le geste final, ne frappe lui aussi au dessus (61e) sur un service du Sénégalais - l'un des rares bordelais à surnager -, puis fasse le mauvais choix dans un angle trop fermé face à Daoudou alors que Plasil et Malcom attendaient seuls au centre (63e). Pour avoir trop joué au chat et à la souris avec Dame Coupe qui pardonne rarement le gaspillage, les Girondins allaient le payer au prix fort, conformément à un scénario certes malheureux, mais tellement prévisible et mille fois renouvelé. C'est d'abord Sabaly, pour un tacle pourtant pas plus appuyé que ceux qui valurent à Malcom un traitement de faveur au cours des 25 premières minutes (en toute impunité), qui écopa d'un second carton jaune sévère lui valant l'exclusion, alors que c'est le remplaçant manchois Camara qui était venu s'empaler sur lui le long de la touche (85e). Un malheur n'arrivant jamais seul, une action à trois, tout au bout du temps additionnel, après un énième ballon en profondeur de Blondel mal renvoyé devant la surface girondine, permit au remplaçant Sullivan Martinet, au départ et à l'arrivée de l'action après avoir enrhumé Poundjé, de trouver le soupirail du but bordelais sur la droite de Costil, masqué et impuissant (1-1, 90e + 4), dans le délire qu'on imagine. La prolongation, inéluctable, s'annonçait très difficile à négocier pour les Girondins. Trop, sans doute, pour une équipe jamais sereine ni dominatrice jusqu'alors, et qui commençait dangereusement à branler dans le manche...et dans La Manche aussi. De Préville gâchait encore une occasion en tirant au-dessus (92e), et Plasil sur un corner de l'ex-Lillois, n'était pas plus heureux, malgré une volée du droit qui ne surprenait pas le portier local (97e). La dernière chance girondine venait de passer, avant l'extinction des feux, l'hallali et le clou du spectacle. Sur un centre de Connan, le jeune Carrique, entré en jeu pour remplacer Sabaly, était expulsé pour avoir tenté de ceinturer Ladislas Douniama à cinq mètres du but en position de dernier défenseur, l'arrière-garde girondine s'étant encore déchirée, par Pellenard puis par Koundé, sur ce ballon anodin venu de la droite. L'ex-guingampais, pourtant en échec en début de match, prenait cette fois-ci le meilleur sur Costil, d'un contrepied imparable (2-1, 103e). Le cauchemar prenait forme peu à peu, à mesure que la pluie tombait de plus belle. Il allait tourner à la pantalonnade lorsque Plasil était directement expulsé par M.Leonard (112e) pour un commentaire salé sur l'ensemble de son oeuvre, qui valait certainement moins le rouge que la faute dont le tchèque avait été victime cinq minutes plus tôt, séché par Vieira, seulement sanctionné d'un jaune...A huit contre onze, la mission devenait impossible, et les Girondins quittaient l'épreuve avec une immense frustration que leur coach, pourtant abasourdi par cette cascade de décisions incohérentes et inéquitables, eut le bon goût de ne pas commenter après la rencontre. Bordeaux enchaîne donc par une sixième défaite consécutive, la onzième en 14 matches, toutes compétitions confondues. Avec une effroyable évidence, celle de filer droit dans le mur si une prise de conscience rapide n'intervient pas à tous les niveaux du club. La révolte - car il en faudra bien une un jour - , et la Guerre de Troyes auront-elles lieu samedi prochain dans l'Aube ? Souhaitons que Jean Giraudoux n'ait pas raison (*)...En attendant, la Terre est décidément bien basse, et l'Enfer plus très loin, à ce train-là. Au micro de Christophe Monzie qui commentait cette rencontre en direct du stade Louis Dior à Granville, écoutez la réaction des deux entraîneurs, Johan GALLON, coach de l'US Granville, et Jocelyn GOURVENNEC, coach du FCGB. D'autres réactions normandes d'après-match à écouter ce lundi dans nos journaux de 6h à 18h, puis dans Sports Magazine à partir de 18h30. Pas de réaction bordelaise supplémentaire, aucun joueur des Marine et Blanc n'étant venu au micro des médias.



(*) Dramaturge français ayant notamment écrit en 1935 la pièce de théâtre : La Guerre de Troie n'aura pas lieu", mise en scène par Louis Jouvet.