Mise en ligne le Samedi 09 Décembre 2017
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BORDEAUX / STRASBOURG (0-3) : Déliquescent, Bordeaux touche le fond...

Vu de Gironde, c'est le pire cadeau de Noël avant l'heure que les Girondins pouvaient offrir à leurs supporters, qui ont peu apprécié cette attention, c'est le moins qu'on puisse écrire. Vu d'Alsace, le plus beau dont les Strasbourgeois pouvaient hériter, 48 heures après avoir célébré le Saint Nicolas : la plus large victoire de l'histoire du Racing en Gironde, la dixième au total des confrontations entre les deux clubs, et la première depuis avril 2005 (0-2). Le constat est accablant, et le mal très profond : une seule victoire et 7 défaites en 10 matches, soit 5 points pris sur 30 possibles. Jamais depuis près de 40 ans Bordeaux n'avait fait aussi mal...Depuis le 30 septembre et leur rouste parisienne, les Girondins ne mettent plus un pied devant l'autre. How deep can they go ? Jusqu'où peuvent-ils sombrer ? Telle est la question qui hante les supporters du club. Avec ou sans Malcom (car ils ont aussi perdu des matches avec leur petit brésilien), avec ou sans leurs jeunes de la CFA2 (et Gourvennec avait pourtant tranché dans le vif ce vendredi en titularisant pour la première fois en L1 le jeune Carrique au poste d'arrière droit - qui ne fut pas le plus emprunté sur la pelouse, loin de là - et appelant sur le banc Koundé, Youssouf et Taha), les tentatives du coach Marine et Blanc pour provoquer un déclic ont l'effet d'un cautère sur une jambe de bois. Au moins sur ses courtes défaites contre Amiens, Rennes ou Caen (1-0 les trois fois) l'équipe pouvait-elle faire valoir quelques excuses - recevables ou pas - ayant trait à la malchance, à des parties de billard malheureuses ou à des décisions arbitrales résolument contraires. Cette fois-ci, et c'était déjà le cas à Dijon (3-2) la semaine passée, on ne peut même pas avancer ces arguties. Sur un nuage depuis son succès sur le PSG, le Racing Club de Strasbourg est venu gagner presque en pantoufles en Gironde, sans jamais avoir eu à forcer son talent, au terme d'une partie qui a très vite ressemblé pour lui à un simple match d'entraînement. L'analyse des 3 buts concédés par les Girondins serait tellement cruelle, elle souligne tellement les lacunes mentales et techniques d'une équipe qui ne répond plus au numéro demandé depuis belle lurette, qu'on s'épargnera même de détailler ces actions. Tout au plus signalera-t-on qu'une énième fois, Bordeaux s'est sabordé d'entrée sur le premier but par une erreur plus grosse que lui (d'Otavio cette fois-ci, mais les fautifs ne sont jamais les mêmes d'une semaine à l'autre) permettant à Bahoken un nouveau grand pont d'école (spécialité décidément très à la mode face aux Girondins en ce moment) sur un Jovanovic autant en perdition qu'à Dijon et une frappe placée dans le petit filet de Costil, alors que 100 secondes ne s'étaient pas écoulées (0-1, 2e) ; que sur le second, la faute de Sankharé sur Aholou ne s'imposait pas et qu'une énième fois, Bordeaux céda sur un coup de pied arrêté, en l'occurrence un coup-franc d'orfèvre de Lienard dans la lucarne de Costil (0-2, 38e), loin du ballon car posté de l'autre coté de son but. Et que sur le troisième, le tram de Bordeaux nous a fait une belle surprise pour les fêtes de fin d'année, celle d'ouvrir à notre insu une nouvelle station qui dépose désormais les voyageurs au virage Nord en passant par ...la pelouse, de préférence en ligne droite, qu'on se le dise. Cela devait sûrement faire partie des attractions prévues autour de ce match de Noël...Itinéraire non fléché mais efficace que Martin Terrier, parti de son propre camp, inaugura sans l'ombre d'un problème sur plus de 60 mètres, enrhumant 4 bordelais avant d'aller crucifier Costil (0-3, 64e) et provoquer la bronca du reste des 24 515 spectateurs ayant stoïquement compati à cette débâcle. Oui, le reste seulement, car une partie importante d'entre eux - les Ultras - avaient déjà déserté le bas du virage Sud dès la mi-temps (photo), réclamant la démission du coach... Un but juste inimaginable à ce niveau de la compétition, mais qui dit bien l'ampleur du traumatisme et de la démission collective. Depuis trop de semaines, les Girondins ne font plus ensemble les efforts défensifs qu'ils faisaient en début de saison. Beaucoup courent à coté de l'adversaire sans l'attaquer réellement ni le tacler, s'en remettent au travail du partenaire, d'autres se cachent ou font simplement acte de présence sur les ballons trop chauds dans la surface de vérité, comme sur les 3 buts concédés à Dijon, sur celui de Santini à Caen ou sur ce dernier but strasbourgeois, accablants quand on revoit les images. Un moindre mal, pourtant, car la note aurait pu être plus salée encore, si l'on repense à ce tir au-dessus de Mangane seul face au but après un corner mal repoussé dans l'axe (44e), à cette frappe enroulée du pied droit de Terrier, pas attaqué, à quelques millimètres du montant de Costil (48e), ou à ce centre surpuissant de Lienard de la gauche après un énième ballon perdu, catapulté sur la transversale par la tête du jeune Sacko tout juste entré en jeu (74e). Et Bordeaux dans tout cela ? Rien ou presque. Des actions sporadiques, en mode alternatif : une frappe anodine, mais quasiment la seule cadrée du match, d'Otavio soucieux de rattraper sa boulette (16e), une autre, en pivot de Mendy à gauche du montant (34e), et un tir à ras de terre en pivot de Sankharé qui obligea Oukidja à son unique arrêt de la soirée, du bout des gants (76e). Fermez le ban, tout le reste ne fut que bouillie de football et numéros de solistes pathétiques. Strasbourg, 19e défense de Ligue 1 avec 27 buts concédés, restait sur...14 déplacements consécutifs sans avoir su préserver sa cage inviolée. Fidèle à son humanisme sans faille, Bordeaux a encore fait du social avec les déshérités et interrompu cette série, relançant le promu de Ligue 2 qui le dépasse même au classement. En ce week-end de Téléthon où l'appel à la solidarité était de mise, une telle abnégation, depuis le temps qu'elle dure, force le respect... Pour compléter le tableau, Sankharé a trouvé le moyen, sur les 55 minutes qu'il passa sur la pelouse, de se faire avertir et manquera donc la réception de Montpellier le 20 décembre, et Mendy, sorti sur blessure au genou (entorse) après avoir longtemps serré les dents, est out pour un moment, au moins jusqu'à la trêve. Sans compter les absences de Malcom et Lewczuk, trop justes tout les deux pour reprendre la compétition, et qui ne seront peut-être même pas du voyage à Toulouse ce mardi (match à suivre en direct sur nos ondes). L'heure des comptes n'est pas encore arrivée, mais celle des vraies questions à se poser est déjà là. Entre un coach désemparé et à court de solutions mais qui fait le dos rond et prône le refuge dans le travail, et un groupe sans leader dans aucune de ses lignes, donc frêle comme un château de cartes (le premier but alsacien, marqué d'entrée de match, laissait pourtant beaucoup de temps aux Girondins pour rétablir la situation s'ils en avaient seulement eu les ressources mentales), l'avenir paraît morose, pour ne pas dire inquiétant. A force de n'avoir pas su retenir des éléments-clés comme Carrasso, Pallois, Khazri ou Diabaté, qui savaient à eux seuls gagner un match ou en tout cas ne pas le perdre, remplacés par des joueurs soit trop moyens, soit pas complémentaires et qui, pour l'heure, n'ont ni leur expérience ni leur régularité sur une compétition longue de dix mois, les Girondins paient aujourd'hui le prix fort de ces choix et en ont pour leur argent. Il reste avant la fin de l'année trois matches capitaux pour sauver ce qui peut l'être : leur place en Ligue 1, d'abord, et peut-être, le droit de s'inviter, au moins jusqu'au tour suivant en janvier, à une épreuve dont la finale aura lieu au Matmut. Si tant est que, compte tenu du contexte et du classement, la Coupe de la Ligue soit encore une priorité... Au micro de Christophe Monzie qui commentait cette rencontre en direct du Matmut Atlantique aux cotés de Michel Le Blayo, écoutez les réactions de Thierry LAUREY, entraîneur du RC Strasbourg Alsace, Jocelyn GOURVENNEC, entraîneur du FC Girondins de Bordeaux, et Albert GEMMRICH, Président de la Ligue d'Alsace de football, international français, ancien attaquant des deux clubs. D'autres réactions alsaciennes à écouter ce lundi dans nos journaux de 6h à 18h, puis dans Sports Magazine à partir de 18h30, mais pas de réactions bordelaises, aucun joueur n'étant venu au micro des médias après la rencontre.